Une menace populiste pour la politique monétaire
La remise en cause de l’indépendance des banques centrales constitue aujourd’hui un enjeu central pour la stabilité macroéconomique et financière. Dans ce nouveau numéro de Regards économiques, David Aikman et Francesca Monti analysent les pressions politiques croissantes exercées sur la Réserve fédérale américaine (Fed) et les risques que celles-ci font peser sur la crédibilité de la politique monétaire, la confiance des agents économiques et l’équilibre financier international.
À partir des développements récents aux États-Unis, les auteurs montrent comment les attaques répétées de l’exécutif américain contre la Fed — qu’il s’agisse de critiques publiques, de menaces institutionnelles ou de tentatives d’ingérence dans les nominations — peuvent affaiblir l’indépendance de la banque centrale. Or, cette indépendance est largement reconnue par la littérature économique comme un pilier essentiel de la stabilité des prix et de l’ancrage des anticipations d’inflation.
L’analyse met en évidence deux canaux principaux par lesquels ces pressions politiques peuvent affecter l’économie. Le premier est celui des chocs de politique monétaire : sous influence politique, les taux d’intérêt pourraient être maintenus artificiellement bas, alimentant à terme l’inflation et accroissant le risque de resserrements monétaires brutaux. Le second canal, encore peu documenté, est celui des chocs de confiance. Lorsque la confiance du public dans la banque centrale s’érode, les anticipations d’inflation augmentent tandis que l’activité économique est durablement pénalisée.
S’appuyant sur des travaux de recherche récents, les auteurs proposent une nouvelle mesure de la confiance envers la Fed, construite à partir de l’analyse de millions de messages publiés sur les réseaux sociaux. Cette mesure montre que les attaques politiques menées contre la banque centrale américaine ont eu un effet négatif significatif sur la confiance du public, avec des implications potentielles préoccupantes si les pressions politiques sur la Fed continuent.
Au-delà du cas américain, l’article souligne que ces développements concernent également l’Europe. Si l’indépendance de la Banque centrale européenne est institutionnellement plus robuste, elle n’en demeure pas moins exposée à des pressions politiques croissantes. Le message central est clair : l’indépendance des banques centrales n’est jamais définitivement acquise. Elle repose sur un compromis politique qui doit être continuellement expliqué, justifié et défendu.
On en parle dans la presse...
- L'Echo, 05.02.2026 : "Comment les tweets de Donald Trump ont entamé la crédibilité de la Fed"

